Florence Bergeaud-Blackler

À propos

Florence Bergeaud-Blackler

Docteure en anthropologie, habilitée à diriger des recherches
Chargée de recherche au CNRS
Chevalier de la Légion d’honneur — 2024

Florence Bergeaud-Blackler est anthropologue, docteure de l’Université de Bordeaux et habilitée à diriger des recherches par l’EHESS. Elle est chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique — CNRS — au sein du Groupe Sociétés Religions Laïcité — GSRL, unité mixte de recherche EPHE/CNRS, située sur le campus Condorcet, à Aubervilliers.

Depuis plus de trente-cinq ans, elle mène des recherches sur l’islam en contexte sécularisé, en privilégiant une approche empirique attentive aux pratiques concrètes, aux acteurs sociaux et aux dispositifs par lesquels des normes religieuses circulent dans les sociétés libérales contemporaines.

Ses premiers travaux portent sur les formes contemporaines de religiosité musulmane et sur la production de normes en dehors des institutions religieuses classiques. Très tôt, elle s’intéresse à des canaux encore peu étudiés par les sciences sociales : l’économie, le marché, la consommation et les dispositifs de certification.

À rebours des lectures qui abordent le halal principalement sous l’angle de la diversité culturelle, de l’intégration économique ou des opportunités commerciales, Florence Bergeaud-Blackler analyse le marché halal comme un fait social total. Elle montre que le halal ne peut être réduit à un label ou à un segment de marché : il constitue aussi un outil de normalisation religieuse, de structuration identitaire et de mobilisation collective.

Ses recherches mettent en lumière les mécanismes par lesquels des prescriptions religieuses s’insèrent dans les logiques économiques modernes, et réciproquement. Elle analyse la manière dont le marché peut devenir un vecteur de diffusion normative, tandis que certains acteurs religieux investissent les instruments du capitalisme contemporain pour transformer les pratiques sociales. Dans ce cadre, elle étudie également les processus d’endoctrinement salafi, qu’ils soient fondamentalistes ou politiques, ainsi que leur articulation avec des logiques marchandes, néolibérales et postmodernes.

Ces travaux l’ont conduite à mettre en évidence la constitution d’écosystèmes halal, où se combinent offres économiques, discours religieux, pratiques de consommation, stratégies d’influence et dynamiques d’appartenance.

Dans le prolongement de ces recherches, Florence Bergeaud-Blackler développe une analyse globale des Frères musulmans en Europe. Dans Le frérisme et ses réseaux, publié aux éditions Odile Jacob, elle propose le concept de frérisme pour désigner une forme spécifique d’islamisme développée dans les démocraties libérales à partir des années 1960.

Selon son analyse, le frérisme ne vise pas d’abord la prise directe du pouvoir politique, mais la transformation progressive des sociétés par la culture, l’économie, l’éducation, le droit, le social et les dispositifs d’influence. Il ne relève ni d’une simple doctrine théologique ni d’une école juridique, mais d’un système d’action transnational, structuré autour d’un objectif de long terme : l’instauration progressive d’une société islamique à l’échelle mondiale.

Florence Bergeaud-Blackler en propose une lecture articulée autour de trois dimensions fondamentales — la Vision, l’Identité et le Plan — qui permettent de comprendre la cohérence du frérisme, sa capacité d’adaptation et ses effets concrets dans les sociétés sécularisées contemporaines.

En 2024, elle fonde le CERIF — Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme, centre indépendant consacré à l’étude de l’islamisme légaliste, de ses réseaux, de ses modes d’influence et de ses effets dans les sociétés démocratiques. Le CERIF a notamment coorganisé, à Paris, le 15 mai 2024, un colloque scientifique international consacré aux islamismes en Europe.